Gestion et financement par statistiques dans le réseau de la santé

Les gestionnaires des établissements de santé et de services sociaux de la Gaspésie adhèrent de plus en plus à la mode de la gestion par statistiques, tout particulièrement pour les services à domicile. Or il faut s’inquiéter des effets pervers de ce type

<p>Le personnel subit d’énormes pressions pour augmenter le nombre de visites à domicile en raison de l’obsession du ministère de la Santé et des Services sociaux pour la pseudo-performance et les statistiques. Ce dernier exige des établissements l’atteinte de cibles précises, sans quoi leur financement pourrait leur être retiré. L’argent ne suit pas le patient mais plutôt la statistique&nbsp;! Sur qui pensez-vous que revient alors la pression? Directement sur les épaules des personnes salariées à qui on demande de se déplacer le plus souvent possible à domicile, alors que ce n’est pas toujours nécessaire pour répondre au besoin de la personne. Ce système fou est une machine à épuisement professionnel. Tout cela pour obtenir la statistique la plus «&nbsp;payante&nbsp;» pour l’établissement… et pas nécessairement pour répondre le mieux possible aux besoins des patients.</p> <p>&nbsp;</p> <p><b>Créativité statistique imposée par les gestionnaires</b></p> <p>&nbsp;</p> <p>Plusieurs intervenants de la région dénoncent les exigences des employeurs, soulignant qu’elles minent leur autonomie professionnelle. On leur suggère, par exemple, de fractionner leurs interventions en deux ou trois visites afin d’augmenter les entrées statistiques, alors qu’un seul déplacement suffirait. Au bout du compte, le public n’est pas mieux servi. Il n’y a aucune utilité clinique à multiplier des visites dans le seul but de gonfler des statistiques. Pour un seul patient, plusieurs interventions peuvent être requises dans la même journée. Or, une seule par jour sera prise en compte par le système statistique. Par contre, si cette deuxième intervention est inscrite le lendemain, elle sera comptabilisée. Cette créativité statistique, à la base du financement du réseau, est une aberration.</p> <p>&nbsp;</p> <p>De plus, les cibles statistiques sont les mêmes pour l’ensemble du Québec de façon récurrente, que ce soit en Gaspésie, à Gatineau, ou à Montréal. Elles ne tiennent aucunement compte des particularités propres à chaque région. Au lieu de contrôler l’autonomie des intervenants, pourquoi ne pas leur faire confiance puisque ce sont eux qui connaissent le mieux les réalités du terrain. Ces objectifs comptables ne permettent pas de véritables économies. Au lieu de dépenser des sommes faramineuses en contrats informatiques, pourquoi ne pas investir plutôt dans les services directs à la population? Les professionnels et les techniciens de la santé et des services sociaux sont des experts. Il est temps de cesser de les mépriser.</p> <p>&nbsp;<br> </p> <p>Guylaine Michel</p> <p>Répondante politique APTS en Gaspésie</p>