Pierre Moreau rencontre les élus de la région

Pierre Moreau rencontre les élus de la région

Une trentaine de maires et de préfets étaient sur place à Gaspé pour discuter avec le ministre responsable de la région, Pierre Moreau.

Crédit photo : Photo Le Pharillon – Jean-Philippe Thibault

Vendredi, à peine cinq jours après les élections municipales, le ministre Pierre Moreau – responsable de la Gaspésie et des Ressources naturelles – était à Gaspé pour s’entretenir notamment à propos de l’encadrement de l’exploration et de l’exploitation des hydrocarbures.

Plusieurs ont fait le chemin jusqu’au bout de la pointe alors qu’une trentaine de maires et de préfets d’un peu partout sur le territoire étaient sur place, sans compter la cheffe Manon Jeannotte et les députés provincial et fédéral Gaétan Lelièvre et Diane Lebouthillier.

Les élus ont travaillé en huis clos une partie de la journée, mais d’emblée dans son allocution de départ, Pierre Moreau a semblé sensible à l’enjeu de la protection de l’eau et s’est voulu rassurant. Dans le document de travail remis aux participants, le gouvernement du Québec indiquait d’ailleurs vouloir travailler selon trois piliers interreliés que sont l’acceptabilité sociale, le principe de précaution ainsi que la sécurité des personnes, des biens et de l’environnement. La consultation autochtone et la reddition de compte font notamment partie de ces piliers. « Notre ressource naturelle la plus précieuse, c’est l’eau, a tenu à souligner d’emblée le ministre Moreau. J’ai apporté cette précision parce que c’est dans cet esprit que j’aborde le dialogue sur les hydrocarbures. »

Difficile de soutenir la fracturation

Ce dernier a également ajouté que son gouvernement n’autorisait maintenant plus les forages dans les cours d’eau et qu’il entendait conférer aux municipalités locales et régionales les pouvoirs nécessaires pour leur permettre d’agir en ce sens.

« Plusieurs personnes vont croire le contraire et tiennent un discours alarmiste. Il faut cesser de faire peur au monde. Je priorise une approche équilibrée et respectueuse des opinions des uns et des autres, même parfois celles qui sont extrêmes. Nous souscrivons tous au fait que les critères d’acceptabilité sociale et de respect de l’environnement sont incontournables aux activités d’hydrocarbures. Ces critères sont élevés au premier rang [et] nous sommes tous en mesure de comprendre qu’il est désormais difficile de soutenir que la fracturation hydraulique respecte ces critères. »

Ceci dit, le ministre Moreau a rappelé que les hydrocarbures font partie de nos vies et que leur exploitation pouvait enrichir collectivement le Québec. « Le fait que nous disposons d’une ressource énergétique utilisable, est-ce que cela devrait être considéré comme une mauvaise nouvelle? » La question est lancée.

Schémas d’orientation

Reste à savoir comment le tout sera encadré. Les orientations gouvernementales vont permettre aux MRC, via leur schéma d’aménagement, de soustraire à l’exploitation des hydrocarbures des parties de leur territoire, selon des mesures qui restent cependant à définir. « Dans le cadre des orientations gouvernementales, on va dire voici comment vous allez qualifier les territoires incompatibles et ça pourra se refléter au schéma d’aménagement et aux règlements locaux […] On est en train de le déterminer », ajoute Pierre Moreau. Est-ce qu’un projet comme Haldimand IV de Petrolia pourrait s’y soustraire? Le tout reste à voir selon les orientations qui seront décrétées par Québec, mais le ministre tient à préciser que les distances séparatrices pour le forage sont les plus sévères à l’heure actuelle en Amérique du Nord.

L’arrêt des travaux actuels et le retrait des permis déjà émis est demandé par EVP et le mouvement Tache d’huile.

Un comité d’accueil pour le ministre Moreau

Quelques membres d’Environnement Vert Plus et du mouvement Tache d’huile sont venus accueillir le ministre Moreau, histoire de lui rappeler qu’une frange de la population est contre l’exploitation des hydrocarbures, demandant du coup l’arrêt des travaux actuels et le retrait des permis déjà émis.

Ces derniers ont notamment déployé une affiche arborant le slogan « Hydrocarbures Tout à perdre rien à gagner ». Pour Nastassia Williams de Tache d’huile, il y a à priori tout un flou entourant la notion d’acceptabilité sociale qui sous-tend la question des hydrocarbures dans son ensemble.

« C’est un concept beaucoup utilisé mais qui au final on de la misère à saisir. Qui détermine s’il y a acceptabilité sociale ou non? C’est quoi les critères? On est venu ce matin pour rappeler au ministre Moreau et à nos élus locaux que la seule façon de le déterminer, c’est de passer par un réel processus de consultation qui va comprendre une phase pour sortir les informations existantes sur les aspects environnementaux et les retombées économiques … Est-ce que ça amène réellement ce qu’on nous fait miroiter? Il faut donner la possibilité à la population de dire si oui ou non ça correspond à nos besoins et notre volonté. »

Pour la militante, la détermination d’acceptabilité sociale ne doit pas passer directement par les maires. « Plusieurs d’entre eux dans les dernières semaines et les derniers mois ont déclaré manquer d’informations et ne pas avoir en main tout ce qu’il faut pour prendre une décision éclairée. Dans ce contexte, si l’information est rendue disponible, on veut que tout le monde puisse se prononcer et pas seulement les maires », ajoute Nastassia Williams, rappelant qu’un sondage n’est pas une consultation publique.

Même son de cloche pour le porte-parole d’Environnement Vert Plus Pascal Bergeron qui soutient que le concept même d’acceptabilité sociale est un concept qui permet de mettre de l’avant les projets de l’industrie des hydrocarbures. « Ç’a été forgé par l’industrie comme un concept d’opinion public pour prendre une photo à un moment clé où l’on réussit à corrompre assez de gens pour avoir l’approbation pour un projet en disant : « Voyez, on l’a eu cette fois-ci, on enclenche le processus. » Nous, on demande l’arrêt des travaux et le retrait des permis émis. » Nastassia Williams et Pascal Bergeron devaient s’entretenir une dizaine de minutes directement avec le ministre Moreau cet avant-midi. À suivre.