Budget: de bonnes pensées pour les régions, sans moyens substantiels

René Vézina rene.vezina@tc.tc
Publié le 18 mars 2016

Le budget Leitao inclut une variété de mesures qui touchent les régions sans qu’on puisse y déceler de politique globale.

©TC Media

BLOGUE. Le budget Leitao inclut une variété de mesures qui touchent les régions sans qu’on puisse y déceler de politique globale.

Entre le nouveau rabais tarifaire d’électricité pour les grands consommateurs d’électricité et les fonds réservés à la lutte contre les espèces envahissantes comme la carpe asiatique, les mesures qui touchent les économies régionales sont aussi nombreuses que diversifiées dans le budget Leitao. Mais on y chercherait en vain un projet d’ensemble du genre de celui qu’on destine au milieu de l’éducation, qui ressort comme un des points saillants de tout l’exercice.

Une vingtaine d’industries pourront bénéficier de ce programme de rabais tarifaire si elles en remplissent les conditions. Élevage et aquaculture, foresterie, première transformation des métaux… on s’attend à ce que cette mesure les incite à investir 2,6 milliards $ de plus d’ici 2021, en retour de quoi elles épargneront 539 millions $ avec une facture réduite de 20% pour une durée de quatre ans.

Une autre disposition notable concerne le Plan Nord, qui retient toujours l’attention du gouvernement malgré la mollesse du prix des métaux. On dit en toutes lettres qu’il «constitue un volet stratégique du Plan économique du Québec», même si dans les faits, au-delà de la période 2016-2017, le gouvernement ne prévoit y consacrer qu’environ 70 millions $ par année.

Quand même, à court terme, on prévoit investir 15 millions pour améliorer l’accès au port de Sept-Iles et aux installations de Pointe-Noire. Devraient également être soutenus des projets de routes, d’exploration, d’hydrométallurgie, de télécommunications dans le Grand Nord, tandis qu’Hydro-Québec sera appelée à augmenter sa contribution au Fonds du Plan Nord.

Malmenée depuis trop longtemps, l’industrie forestière québécoise reçoit elle aussi un coup de pouce, à la fois pour la rendre plus compétitive et pour accroître la contribution de la forêt privée, ce qui est hautement souhaitable étant donné les problèmes récurrents d’approvisionnement du milieu. Le soutien global s’élève à 230 millions $ sur cinq ans.

L’industrie touristique est elle aussi prise en compte, surtout qu’on s’attend à un nombre accru de visiteurs du fait de la faiblesse de notre dollar. Mais ceux qui s’attendaient à un vigoureux coup de barre seront déçus. Les investissements prévus se chiffrent à 150 millions de dollars sur cinq ans mais les ambitions demeurent plutôt floues : essentiellement, on veut « mettre en valeur le tourisme hivernal, culturel et événementiel ainsi que de nature et d’aventure ». Grosse bouchée… qui demandera aux acteurs sur le terrain de prendre le relais du gouvernement, entre autres pour ce qui est de lancer des campagnes de promotion (auxquelles Québec entend tout de même s’associer).

Retenons en terminant ces déclarations d’intention quant à deux secteurs clés de l’économie québécoise, l’industrie agroalimentaire et la Stratégie maritime.

Avec une enveloppe additionnelle, et modeste, de 45 millions $ sur cinq ans, la première ne fera pas bombance. Opportunités d’exportation, meilleures pratiques, soutien aux boissons alcooliques québécoises… Au moins, les intentions sont louables et on reconnaît l’importance du secteur qui fait travailler quelque 120000 personnes au Québec.

Après l’annonce d’un investissement substantiel de 300 millions $ pour de nouveaux aménagements dans seize zones industrialoportuaires disséminées dans l’ensemble du Québec, il restait sans doute moins de ressources pour d’autres initiatives à court terme quant à la Stratégie maritime. Elle se mérite quand même quelques mentions, mais pour une bien mince enveloppe de 10 millions $ sur cinq ans. C’est ce que coûteront, entre autres, la construction d’une promenade temporaire à Percé et l’entretien du navire de recherche Coriolis II, de même que cette lutte contre les espèces aquatiques envahissantes comme cette indésirable carpe asiatique.

Ah oui, il faudrait également inclure –mais seulement à partir de 2018– la réduction à 62 ans de l’âge d’admissibilité pour le crédit d’impôt visant les travailleurs «expérimentés», une mesure qui va sans doute profiter aux régions dont certaines sont durement touchées par le vieillissement de leur population. Mais il faudra cependant en arriver un jour à une véritable politique de revitalisation de ces régions, qui pourrait notamment inclure une forme de régionalisation de l’immigration au Québec. Mais de cet enjeu, on ne trouve pas un seul mot dans ce Plan économique du Québec.