Maison René-Lévesque : Québec entame le processus d’expropriation

Maison René-Lévesque : Québec entame le processus d’expropriation

René Lévesque a grandi dans cette maison de 1922 à 1939.

Crédit photo : Ministère de la Culture et des Communications / Mélissa Gervais 2013

POLITIQUE. (Par Jean-Philippe Thibault) Luc Fortin, le ministre de la Culture, a annoncé ce matin le début de la démarche visant l’acquisition de gré à gré ou l’expropriation de la maison René-Lévesque.

Ce dossier traîne en longueur depuis belle lurette, soit depuis que Denis Cloutier en est devenu le propriétaire en 1994. L’ancien fonctionnaire avait apparemment l’intention de la revamper pour la faire visiter au public, mais force est de constater que plus de 20 ans plus tard, la maison de l’ancien premier ministre est toujours en décrépitude.

L’immeuble, situé au 16 rue de Mountsorrel à New Carlisle, est classé en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel depuis 1995.

Dans une lettre transmise le 4 août dernier, le ministre de la Culture demandait au propriétaire de faire connaître ses intentions avant le 19 septembre, sans quoi il entendait utiliser les pouvoirs de la Loi sur le patrimoine culturel lui permettant d’exproprier la maison René-Lévesque. D’ailleurs, selon l’article 26 de cette loi, tout propriétaire d’un bien patrimonial classé doit prendre les mesures nécessaires pour en assurer la préservation.

« Les nombreuses tentatives d’une négociation directe avec le propriétaire n’ayant donné aucun résultat, il est grand temps de poser des gestes concrets pour assurer la préservation de la maison René-Lévesque. Le gouvernement reconnaît l’apport et l’héritage que René Lévesque a laissé au Québec. C’est pourquoi j’enclenche dès maintenant le processus d’expropriation tel que me le permet la loi », a expliqué via communiqué Luc Fortin.

Il s’agit de la toute première fois que le ministre de la Culture utilise les pouvoirs d’expropriation prévus à la Loi sur le patrimoine culturel depuis son entrée en vigueur en 2012. Le ministre indique par ailleurs qu’il pourrait suspendre le processus dans le cas d’un engagement sérieux du propriétaire au respect de ses obligations.

En juillet, La Presse rapportait cependant que la Fondation de la maison René-Lévesque avait offert au propriétaire d’acheter la propriété. Denis Cloutier avait écarté cette possibilité, mais ouvert la porte à une éventuelle vente. Toujours selon le quotidien, l’évaluation municipale du terrain et du bâtiment est de tout près de 90 000$. Aujourd’hui, la maison René-Lévesque est inhabitée et son manque d’entretien menace sa valeur patrimoniale.

Un peu d’histoire

René Lévesque a vécu toute son enfance et une partie de son adolescence, soit de 1922 à 1939, dans cette maison qui appartenait à son père, l’avocat Dominique Lévesque, qui l’a acquise vers 1920. La maison René-Lévesque est une résidence de type vernaculaire industriel érigée en 1905. De plan rectangulaire, l’habitation en bois de deux étages est coiffée d’un toit à deux versants droits de faible pente. Elle est située sur une butte qui domine la baie des Chaleurs.

Loin de se comparer aux demeures bourgeoises de New Carlisle, cette résidence se rattache à l’architecture vernaculaire industrielle. Elle est caractérisée notamment par la simplicité et la standardisation de ses lignes, ses matériaux usinés, son revêtement de planches de bois à clins, son toit à deux versants droits de faible pente et sa lucarne-pignon en façade. « Pour les Québécois, elle est à l’image de l’homme simple, intègre et sans artifice qu’elle a vu grandir. La maison René-Lévesque symbolise donc les qualités humaines de ce célèbre journaliste et homme politique qui a gouverné le Québec pendant 9 années et qui est toujours demeuré près du peuple. Pour les citoyens désireux d’honorer sa mémoire, elle prend figure de lieu de pèlerinage. Cet attachement populaire est d’autant plus grand que Lévesque lui-même aimait se rappeler ses origines gaspésiennes, son enfance et son adolescence passées dans cette maison de New Carlisle, ainsi que son père auquel il était très attaché », peut-on lire sur le Répertoire du patrimoine culturel du Québec.

En quelques dates

– Bâtie en 1905

– René Lévesque y vit de 1922 à 1939

– Achetée en 1994 par Denis Cloutier

– Reconnue monument historique en 1995

– Classée immeuble patrimonial en 2012

– Québec demande au propriétaire le 4 août 2017 de faire connaître ses intentions

– Début de la démarche d’expropriation le 19 septembre