Fermeture de la zone de pêche: une saison qui se termine en queue de poisson!

Fermeture de la zone de pêche: une saison qui se termine en queue de poisson!

Le président du RPPSG et pêcheur O'Neil Cloutier et son aide pêcheur Michel Cyr.

Crédit photo : Ariane Aubert Bonn

(Un texte d’Ariane Aubert Bonn)Devant la fermeture de leur zone d’approvisionnement, les pêcheurs de Rocher-Percé, tout comme les industriels, se trouvent à court de ressources.

La mine est basse sur les quais ce mardi, au lendemain de l’annonce de la fermeture de la zone d’alimentation de la baleine noire. Entre les jurons à l’endroit du parti libéral fédéral de certains pêcheurs et les déconfitures résignées des autres, le capitaine Jean-Marc Arbour affirme prévoir perdre environ 20 000$ avec la fin de ses activités. De plus, celui-ci s’inquiète pour ses employés:« Ils ont juste travaillé six semaines… Dans ces conditions-là, ce ne sera pas facile de recruter pour l’an prochain». Selon M. Arbour, les pêcheurs auraient dû être consultés avant d’appliquer de telles mesures. Ce dernier affirme que la pêche côtière se fait à des profondeurs minimes où les grandes baleines ne peuvent pas circuler. Celui-ci ajoute qu’une reprise de la pêche après le départ des baleines de la région nuirait à la ressource: «On tombe dans la période où les femelles ont des oeufs. Chaque fois que tu en remets une à l’eau, elle perd des oeufs. Tu prêches contre ton pain futur.»

Tenter d’éviter le pire

Ce n’est pas sans efforts que le Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie a tenté d’inverser la vapeur avant l’application de la fermeture de la zone. La semaine dernière, un premier plan a été déposé. «On leur demandait de revoir la limite nord de la zone d’alimentation de la baleine, à une profondeur de dix brasses. On ne croit pas que les baleines viennent se fracasser les mâchoires sur les falaises pour s’alimenter. Mais ça a été refusé automatiquement», affirme le directeur du regroupement O’Neil Cloutier. Ce dernier a donc tenté une deuxième approche auprès du ministère des Pêches et Océans au cours du week-end: «On a pris des vidéos en drone pour démontrer au ministère que c’était impossible que des baleines se rendent là où on pêche, puisque 80% de nos casiers sont dans moins de 18 pieds d’eau. (…) Finalement, on s’est fait dire non. Le ministre maintient sa position ferme du protocole signé avec les Américains.»

En rouge, la nouvelle zone fermée de pêche au homard. Elle s’étend de Gascons à Percé.

L’industrie fracassée

L’ambiance est tout aussi morose chez les transformateurs de crustacés qui doivent faire face à une baisse majeure d’approvisionnement. Chez E. Gagnon et Fils, le vice-président Bill Sheehan affirme qu’il va manquer un million de livres de crabe et la même quantité de homard si la pêche n’est pas rouverte, et qu’il est difficile, voire impossible de trouver d’autres sources d’approvisionnement. «C’est plus de la moitié de nos achats qui vont disparaître», dit-il. Comme l’affirme M. Sheehan, c’est l’ensemble des quarts de métiers de son entreprise qui seront touchés: «Que ce soit les gars du débarquement, les camionneurs, ceux qui transforment le produit, on parle d’environ 500 employés». Et ce n’est pas tout. M. Shehhan croit que les pertes régionales découlant de cette fermeture de la pêche pourraient s’élever à 20 millions. «Ça va jusqu’aux stations-service et aux restaurants, c’est tout qui s’enchaîne», explique-t-il.