Les artéfacts de Forillon, une autre version de l’histoire de la collection

Les artéfacts de Forillon, une autre version de l’histoire de la collection

La magnifique plage de Penouille.

Crédit photo : Parc Canada.

Je viens réagir à la diffusion par Ici Radio-Canada du reportage « Des Gaspésiens se mobilisent pour rapatrier les objets des expropriés du parc Forillon », le 18 mars 2018.

J’endosse la mise au point de l’intervention faite par Jean-Marie Fallu et, comme j’étais responsable de la mise en place du plan d’interprétation lors de la création de Forillon, je désire réagir à ce reportage réducteur en y apportant certains compléments d’information.

Il faut se réjouir du fait que des Gaspésiens s’opposent à la décision gouvernementale de déménager cette collection à Gatineau. Il est moins heureux, par contre, que le reportage traite de ce sujet de façon incomplète, parfois biaisée à vouloir encore suggérer un autre scandale concernant Forillon.

Sur la page du lien de Radio-Canada (http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1089499/gaspesiens-mobilisation-rapatriement-objets-expropries-forillonà ce sujet, il est écrit: « À l’insu des familles, dans plusieurs cas, les nouveaux propriétaires des lieux ont conservé 3400 de ces objets, qui sont depuis, entreposés dans un hangar de la région de Québec ». Pourtant l’existence de cette collection est connue depuis plus de 45 ans et dès le début, elle a été entreposée et entretenue à Québec où Parcs Canada avait le personnel et la compétence pour s’en occuper.

Bien sûr que les gens interviewés dans ce reportage ont droit à leurs sentiments et à leurs souvenirs douloureux. Ils ont toute ma compréhension. Ils ont aussi raison de se révolter de l’expatriation des biens de cette collection vers Gatineau, à l’autre bout du Québec.

Pour avoir été, moi aussi, témoin en première ligne de cette période du tout début du parc, je trouve navrant, réducteur et simpliste de résumer que la création du Parc avait été faite parce qu’« ils veulent notre bien ».

C’est facile et c’est courant de juger les actions passées avec les critères d’aujourd’hui. Mais c’est souvent trompeur. Il faut se souvenir qu’en 1971 et durant la suite de cette décennie, les gens des milieux ruraux se débarrassaient volontiers de leurs « vieilleries » alors qu’en ville c’était la soif des antiquités. À chaque semaine, pour ne pas dire quotidiennement en été, on voyait ici à Forillon et aussi partout en Gaspésie, des camionnettes et parfois des camions passer dans les villages et repartir remplis de ces objets que les gens ne voulaient plus. Le marché était ailleurs. Les gens vendait pour presque rien leurs vieilles chaises, les barils en bois, les rouets, les tapis tressés et tout le reste de ces choses du passé. Parfois même ils les donnaient à ces brocanteurs… qui, en somme, les aidaient à faire du ménage dans la grange et la maison. On voyait alors les choses ainsi.

C’est dans cette optique que bien des gens de Forillon, des villages aux alentours et même de la Baie-des-Chaleurs ont voulu vendre ou même donner des objets au nouveau parc ou à notre spécialiste de ces choses du passé, Richard Gauthier, qui a fait le tour de la Gaspésie à cette fin pendant des décennies. La collection de Forillon est vraiment pangaspésienne.

Il faut aussi rappeler que, dans l’aménagement du secteur de Grande-Grave, il était prévu de présenter beaucoup de ces objets dans un futur village reconstitué. Le magasin Hyman et l’Anse Blanchette n’en présentent qu’une petite partie. Dans les ’70, on prévoyait aussi restaurer et animer les cinq maisons à flanc de colline à Grande-Grave avec des thématiques précises pour chacune.

Ces objets en collection ont aussi une valeur pour servir de modèles pour faire des répliques… quand les objets sont montrés ou utilisés dans les séances d’animation.

Il est aussi bien important de redire que Parcs Canada avait bien avoué vouloir ramener éventuellement cette collection en Gaspésie au moment opportun.

Je souscris donc moi aussi à ce que cette collection soit rapatriée à Gaspé et confiée à des mains expertes. Si le Musée de la Gaspésie ne peut pas agrandir son bâtiment, il pourrait plutôt acheter ou louer un bâtiment approprié et engager le personnel nécessaire pour gérer et assurer la conservation de cette collection. La voir partir pour Gatineau serait désastreux car, bien qu’elle serait confiée là-bas à des gens compétents, elle serait, en réalité, perdue comme patrimoine gaspésien.

Maxime St-Amour

Cap-des-Rosiers

Ex-chef de l’Interprétation naturelle et historique 1970-1998

Parc national Forillon