Colloque éolien : des mines du Grand Nord jusqu'à la Nouvelle-Angleterre


Publié le 16 juin 2017

Le Massachussetts désire augmenter sa quantité d'énergie renouvelable de 1% par année, indéfiniment.

©Photo Gracieuseté Marielle Guay

De tout temps, le secteur de l'énergie a été un enjeu bien réel pour les grandes entreprises et les industriels.

Plusieurs joueurs lorgnent de plus en plus vers les énergies renouvelables afin de combler leurs besoins et l'industrie minière n'y fait pas exception. C'est que la facture énergétique des mines est récemment passée de 7 % à 14 % dans les dernières années. Ce poste de dépenses monte même jusqu'à 50% des coûts d'opération pour les sites isolés. Il devient donc intéressant pour les minières de miser sur les énergies renouvelables, et notamment l'éolien, comme le souligne Alain Beauséjour, le directeur général du Groupe MISA, un réseau d’expertise en innovation minière, qui était sur place à Gaspé lors de ce 11e Colloque de l'industrie éolienne québécoise

« Notre industrie est énergivore. C'est un fait. Ce qui est un défi pour nous est une opportunité pour d'autres. Le coût d'opération moyen de l'énergie a doublé. C'est peut-être juste 14%, mais c'est le seul coût qui est en croissance et ça, ça fatigue beaucoup l'industrie. À tel point que la majorité des sociétés minières se sont dotées de coordonnateurs en énergie. »

Alain Beauséjour, le directeur général du Groupe MISA.
Photo – Jean-Philippe Thibault

Ce dernier explique aussi qu'au Québec, avec le Plan Nord, les prochains projets miniers qui vont émerger seront sur un territoire hors réseau. Conséquemment, les solutions renouvelables sont de plus en plus considérées. « Elles vont faire partie de l'équation qui va permettre à plusieurs projets de tomber du côté de la rentabilité », résume Alain Beauséjour, qui même va plus loin en rappelant les impératifs économiques qui orientent l'industrie minière, reconnue pour sa gestion serrée des risques. « Si vous amenez des solutions qui réduisent le risque de votre opérateur, vous allez avoir une oreille attentive. Et attention, si vous avez une solution innovante et performante, l'industrie va vous aspirer complètement et soyez prêts pour ça. Votre tuque a besoin d'être bien attachée parce que si votre modèle d'affaires est démontré dans l'industrie minière, elle va vous accaparer. Une fois qu'un "business case" est établi quelque part, le mot se répand comme une traînée de poudre. »

S'exporter au sud de la frontière

Comme le disait en début de colloque Frédéric Côté, le directeur général du TechnoCentre éolien, l'exportation d'énergie éolienne n'est pas une vue de l'esprit. Les possibilités sont bel et bien réelles. À commencer par les six états américains formant la Nouvelle-Angleterre. Selon Jason Gifford, le directeur principal de Sustainable Energy Advantage, au Massachussetts, les normes à atteindre quant à la proportion d'énergie renouvelable pourraient être intéressantes pour le Québec. À titre d'exemple, le Rhode Island devra atteindre une cible de 36,5% d'ici 2035. Au Connecticut, c'est 30% d'ici 2030. Encore mieux à New York avec 50%, toujours d'ici 2030. Et plus intéressant encore, le Massachussetts désire augmenter sa quantité d'énergie renouvelable de 1% par année, indéfiniment.

« Avec le temps, New York aura par exemple besoin d'énergie renouvelable de manière significative pour arriver à leur 50%. Ça va créer une demande pour des investissements et des achats importants pour d'additionnelles charges d'énergies renouvelables », estime Jason Gifford. Même son de cloche pour le directeur général du TechnoCentre éolien, qui croit lui aussi que la situation pourrait être favorable pour plusieurs entrepreneurs de la filière éolienne.

« C'est une opportunité réelle sur laquelle plusieurs joueurs misent, mais ces juridictions ont vraiment des façons de faire différentes. La combinaison qu'a développée le Québec avec l'hydro-électricité et l'éolien, c'est une signature unique en Amérique du Nord. Il y a beaucoup d'appétit pour ça et c'est un produit vraiment apprécié. »

Colloque réussi

Un mot en terminant sur le Colloque de l'industrie éolienne québécoise, qui se déroulait à Gaspé en début de semaine et qui est un peu comme une grande réunion de famille, attendue avec plaisir à chaque année par chacun des membres.

Le directeur généal du TechnoCentre éolien, Frédéric Côté.
Photo – Jean-Philippe Thibault

Plusieurs acteurs du milieu s'y retrouvent pour discuter, réseauter et échanger pendant trois jours à propos des perspectives d'avenir et des enjeux actuels de leur filière. Cette année, toute la famille a convergé au bout de la pointe gaspésienne et quelques grosses pointures étaient sur place, telles que Karim Zaghib, une sommité internationale dans le domaine des matériaux de batteries œuvrant chez Hydro-Québec et récemment nommé parmi les scientifiques les plus influents du monde. Ou Jos Beurkens, un ancien chef du département de l’énergie éolienne aux Pays-Bas, spécialiste en matière d’exploitation éolienne en climat froid. Bref, plusieurs cerveaux du Québec, du Canada, des États-Unis et de l’Europe qui ont pris la direction de Gaspé pour participer à ce Colloque, qui a attiré près de 200 participants. Au total, près de 320 rencontres d'affaires ont été conclues, le tout préparé des semaines à l'avance afin de mettre en contact  les PME, des donneurs d'ordres et des clients potentiels.

« Les gens aiment venir en Gaspésie et le contenu est là. C'est pertinent et c'est vraiment un événement qui a une saveur particulière, cet esprit de famille dans lequel on prend les participants en charge avec des activités sportives et sociales. À tous les égards on peut dire que ç'a été un succès », conclut Frédéric Côté.